L’intelligence artificielle et la donnée transforment durablement la gestion des collectivités territoriales

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Une récente étude de l’Observatoire Data Publica révèle une accélération marquée de l’adoption de l’IA et de la data au sein des territoires français. Si les projets se multiplient, notamment dans les grandes structures, de fortes disparités subsistent face aux enjeux de souveraineté et de cybersécurité.

L’année 2025 marque un tournant décisif pour la transition numérique du secteur public local. Selon la note de conjoncture publiée par l’Observatoire Data Publica, avec le soutien de La Banque des Territoires et du groupe La Poste, les technologies de la donnée ne relèvent plus de l’expérimentation isolée. Elles s’ancrent désormais au cœur des stratégies administratives. Ce rapport met en lumière une dynamique à deux vitesses : d’un côté, des métropoles qui structurent leurs démarches autour de l’intelligence artificielle, et de l’autre, des communes rurales souvent freinées par le manque de ressources humaines et financières.

Les usages du numérique se diversifient malgré une fracture territoriale persistante

L’appropriation des outils numériques progresse globalement, mais cette avancée masque des inégalités structurelles importantes. Les résultats de l’enquête soulignent que la taille de la collectivité détermine souvent sa maturité technologique. Alors que les grandes structures intègrent désormais systématiquement la data dans leur pilotage, les communes de moins de 3 500 habitants restent majoritairement en retrait, faute de moyens dédiés.

La gestion interne demeure le domaine d’application privilégié pour une majorité d’acteurs publics (69 %). L’analyse des données permet d’optimiser les processus administratifs, d’affiner le calcul des charges de fonctionnement et de rationaliser les dépenses courantes. Cette priorisation s’explique par la recherche constante d’efficacité budgétaire dans un contexte économique contraint. Cependant, l’aménagement du territoire enregistre la plus forte progression annuelle, signe d’une volonté d’utiliser la technologie pour repenser l’espace public.

Voici les domaines prioritaires d’investissement numérique selon l’étude :

  • Gestion interne : Automatisation des tâches et pilotage RH.
  • Environnement : Suivi des consommations énergétiques et gestion des déchets.
  • Mobilité : Analyse des flux de transport et stationnement intelligent.
  • Aménagement : Planification urbaine assistée par la donnée (+22 points en un an).

La souveraineté et les compétences freinent le déploiement de l’intelligence artificielle

La question de l’autonomie technologique préoccupe de plus en plus les décideurs locaux, bien que le passage à l’acte reste timide. Si une large majorité cite le RGPD comme boussole principale, la véritable souveraineté implique des choix d’infrastructures plus drastiques. Certains territoires pionniers n’hésitent plus à exclure des solutions extra-européennes pour se prémunir contre les ingérences juridiques étrangères.

Des initiatives marquantes illustrent cette prise de conscience :

  • La région Occitanie abandonne progressivement la suite Office 365 de Microsoft.
  • La commune de Boé (Lot-et-Garonne) a remplacé le système Windows par Linux Ubuntu.

Concernant l’intelligence artificielle générative, l’enthousiasme est réel mais se heurte à des barrières concrètes. Le manque de compétences techniques et juridiques en interne constitue le principal obstacle pour près de 60 % des répondants. De plus, la qualité hétérogène des données disponibles complique l’entraînement d’algorithmes fiables. Pour pallier ces risques, notamment psychosociaux, des méthodologies d’impact sur les métiers sont désormais co-construites avec des instituts de recherche comme l’Inria.

 La cybersécurité devient un impératif vital face à la hausse des menaces

La numérisation accrue des services expose mécaniquement les territoires à davantage de risques informatiques. Le rapport note une augmentation sensible des incidents déclarés auprès de l’ANSSI en 2024. Cette vulnérabilité est exacerbée par l’interconnexion des systèmes et la multiplication des capteurs sur le terrain.

Paradoxalement, la perception du danger reste faible dans les petites communes. Une part significative des élus de villes moyennes estime être peu exposée, négligeant ainsi les mesures de protection élémentaires. Pourtant, la sécurité des réseaux et des infrastructures informatiques figure en tête des actions correctives planifiées pour l’année à venir. Le recrutement de Responsables de la Sécurité des Systèmes d’Information (RSSI) s’intensifie, bien que la pénurie de profils qualifiés ralentisse cette mise à niveau indispensable.

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