Les jeunes startups françaises peinent à obtenir leurs premiers financements, alors que le capital-risque dispose de liquidités record. Le phénomène s’explique par une sélection accrue des projets et une prudence des investisseurs face à la rareté des sorties. L’accompagnement et la structuration des initiatives apparaissent comme des leviers essentiels pour relancer l’amorçage et assurer la croissance de l’écosystème.
L’amorçage constitue le socle de l’écosystème entrepreneurial français. Pourtant, alors que les fonds de capital-risque atteignent des niveaux historiques, les startups sont en difficulté à attirer leurs premiers investisseurs. Selon le French Tech Journal, le nombre de tours de pré-seed et seed a chuté de 64 % au premier semestre 2025 par rapport à l’année précédente, passant de 410 à 147 transactions.
Paradoxe ? Des liquidités abondantes restent inutilisées, et les startups en phase initiale peinent à se développer. La situation met en lumière l’importance du soutien aux projets, ainsi que la nécessité de renforcer le rôle des business angels et de l’accompagnement spécialisé.
Les obstacles au financement et la sélection accrue des projets
Le financement des startups en amorçage est de plus en plus difficile. Les investisseurs privilégient les projets rentables, portés par des équipes expérimentées, et intervenant dans des secteurs attractifs comme l’IA. Dans ce cadre, un calcul des charges précis reste essentiel pour anticiper les besoins financiers et convaincre les premiers investisseurs de la viabilité du projet.
Jérôme Masurel (50 Partners) précise :
Les projets les plus prometteurs lèvent très vite, avec des valorisations encore élevées.
Cette sélection stricte réduit le nombre de startups éligibles, créant un entonnoir de financement de plus en plus étroit. La prudence des investisseurs s’explique également par le ralentissement des sorties, qu’il s’agisse d’introductions en bourse ou d’opérations de fusion-acquisition.
Olivier Baroux (Paris Business Angels) note :
Aujourd’hui, les exits sont plus rares, plus tardifs, et se font dans des conditions moins favorables pour les business angels.
Les premiers investisseurs prennent donc davantage de risques, souvent sans bénéficier du retour attendu.
En 2024, les fonds français de capital-risque ont levé 2,8 milliards d’euros pour 80 fonds. De son côté, l’Europe dispose aujourd’hui d’un record de 50 milliards d’euros de dry powder, selon Jérôme Masurel. Toutefois, les investissements ont chuté de 34 % en montant et de 60 % en nombre de deals au premier semestre 2025 (In Extenso Innovation Croissance). Ce recul touche tous les stades, y compris l’amorçage, secteur qui avait toujours été dynamique même après la crise du Covid.
Accompagnement et leviers pour relancer l’early stage
Un suivi structuré permet de réduire le risque et d’accroître la finançabilité des startups. Le calcul des charges reste un élément central pour anticiper les besoins financiers et présenter un projet solide aux investisseurs. Jérôme Masurel distingue deux catégories de projets :
- Ceux dont le concept ou l’équipe est inadapté ;
- Ceux à fort potentiel freinés par des erreurs évitables.
Sur 3 000 nouveaux projets chaque année, 80 % échouent dans les cinq ans. Ce taux descend à 50 % pour les startups accompagnées par incubateurs, accélérateurs ou startup studios. Chez 50 Partners, seulement 13 startups sur 150 accompagnées depuis 2012 ont cessé leur activité.
Pour relancer l’amorçage, plusieurs mesures peuvent être mises en place :
- Valoriser le rôle des business angels dans la sélection et l’accompagnement.
- Développer les Special Purpose Vehicle (SPV) pour investir collectivement dans les startups.
- Maintenir les dispositifs fiscaux incitatifs (IR-PME, JEEI).
- Créer des garanties publiques pour sécuriser une partie des tickets investis.
Ces leviers simples pourraient élargir le nombre d’investisseurs et augmenter les montants investis, dynamisant un segment critique non couvert par les VC traditionnels. La collaboration entre acteurs est également importante. Rapprocher business angels, VC, BPI et associations (France Digitale, France Angels) permettra de renforcer le financement à la base et de soutenir durablement l’écosystème.
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